mercredi 04 novembre 2026 à 20:00

Tournefeuille

Ciné – Rencontre

Mercredi 4 novembre à 20h à Tournefeuille, introduction au film par le Musée départemental de la Résistance et de la Déportation de Haute-Garonne (MDR&D),

et présentation du musée et de ses axes de programmation par la directrice du musée, Chloë Théault. Sans réservation.

 

Dans sa programmation comme dans ses expositions, le Musée s’attache à questionner les représentations de la Résistance dans les arts, et notamment le cinéma.

À ce titre, le musée poursuit le partenariat noué avec le cinéma Utopia de Tournefeuille en s’associant à la sortie nationale du film Moulin.

Moulin

Réalisation : László Nemes
Casting : Gilles Lellouche, Lars Eidinger, Louise Bourgoin, Félix Lefebvre
Scénario : Olivier Demangel


Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 130 mn

Sortie nationale : 28/10/2026

Entre ici, Jean Moulin… La silhouette est énigmatique. Adossé à un pilier en pierres de taille de l’aqueduc de Montpellier, l’homme à peine souriant pose emmitouflé dans une écharpe, vêtu d’un épais pardessus, le bitos en feutre penché sur l’œil, le regard qui s’efforce de se perdre dans le lointain au-delà de l’objectif : la photo, iconique, est désormais indissociable de l’évocation de l’homme, incrustée dans notre regard ; la statue du martyr de la Résistance s’impose aujourd’hui encore avec une rare solennité dans l’imaginaire collectif… Plus encore sans doute que pour De Gaulle, c’est une sacrée gageure que de vouloir raconter Jean Moulin au cinéma. Trouver une incarnation à celui qui symbolise tout à la fois une certaine idée de l’héroïsme, de l’engagement, de la droiture, du courage, du sacrifice… Le faire exister de façon crédible en lui prêtant les traits d’un comédien populaire… Ambitionner de retrouver son humanité, sa force indéniable et ses inévitables faiblesses, sous le marbre du monument massif, indestructible, érigé à la force du verbe et à grand renfort de lyrisme par André Malraux lors du transfert de ses cendres au Panthéon… Pari ô combien risqué – mais pari gagné, et haut la main encore. En grande partie parce que le réalisateur László Nemes ne se laisse pas corseter par la légende ni contraindre par la statue de commandeur de Moulin.

Sur un scénario qui semble suivre à la lettre, justement, la construction très chronologique du dithyrambe de Malraux, le cinéaste hongrois épure son cinéma, abandonne toute affèterie de mise en scène – au moins dans sa première partie – pour planter le décor, contextualiser le parachutage de Jean Moulin en France, raconter sa mission d’unification des mouvements de résistance. C’est d’un classicisme bienvenu, filmé au cordeau, qui rappelle évidemment, pour mille raisons, L’Armée des ombres de Melville. Gilles Lellouche enfile avec sobriété la gabardine de Jean Moulin – impressionnant en clandestin perpétuellement traqué, en négociateur inflexible, en meneur d’hommes incontestable, très au fait des enjeux, des équilibres et des rapports de forces politiques entre les différentes factions de maquisards et autres « terroristes » – et parallèlement tout à fait crédible en grand bourgeois raffiné, séduisant, amateur d’art. Le faux suspense du film d’espionnage sous haute tension culmine avec l’arrestation à Paris du général Delestraint, chef de l’Armée secrète unifiée, et l’organisation de la réunion au cours de laquelle on doit lui désigner un successeur. C’est à Caluire, le 21 juin. Les représentants des mouvements de Résistance « l’y attendent, en effet. La Gestapo aussi ». Et le film bascule dans un terrifiant thriller psychologique en huis-clos : l’affrontement entre Jean Moulin, qui ne se croit pas capable de taire ce qu’il sait sous la torture, et le sinistre « boucher de Lyon », l’officier de police SS et chef de la Gestapo Klaus Barbie. La violence reste délibérément hors champ mais n’en est pas moins palpable – on connaît depuis Le Fils de Saül (2015) le talent de László Nemes pour filmer l’horreur sans la montrer. Tenu, clair, incarné, jamais complaisant, le film fait parfaitement écho aux mots de Malraux – délestés de sa diction emphatique :

« Entre ici, Jean Moulin, avec ton terrible cortège. Avec ceux qui sont morts dans les caves sans avoir parlé, comme toi ; et même, ce qui est peut-être plus atroce, en ayant parlé ; avec tous les rayés et tous les tondus des camps de concentration, avec le dernier corps trébuchant des affreuses files de Nuit et Brouillard, enfin tombé sous les crosses ; avec les huit mille Françaises qui ne sont pas revenues des bagnes, avec la dernière femme morte à Ravensbrück pour avoir donné asile à l’un des nôtres. Entre, avec le peuple né de l’ombre et disparu avec elle – nos frères dans l’ordre de la Nuit… »

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