Quelques mots d’amour
Réalisation : Rudi Rosenberg
Casting : Hafsia Herzi, Nour Salam, Ella Bedoucha, Mateo Danila, Aïdan Djouadi, Paulette Chetrit, Jacques Sebban
Scénario : Rudi Rosenberg
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 95 mn
Sortie nationale : 28/10/2026
Quelques mots d’amour… Comme ceux qui riment avec toujours dans les chansons, mais qui ont souvent du mal à se dire dans la banalité du quotidien. Qui a cessé en premier de les prononcer dans le petit appartement d’un quartier pas franchement favorisé de Sarcelles où Erika (Hafsia Herzi qui une fois de plus crève l’écran) vit avec ses deux enfants Abigaëlle (Abi, c’est plus vite dit) et Yoni, qu’elle élève seule ? Certes l’amour est bien là : dans les attentions, les inquiétudes, les taquineries, les engueulades de tous les jours… Il est clair que ces trois-là sont liés par la chair et les galères, mais où s’envolent leurs gestes de tendresse ? Abi peine à reconnaître Yoni (qui n’est pas issu du même géniteur) comme son petit frère, et ce dernier le lui rend bien. Mais est-ce vraiment du désamour ? Peut-être est-ce davantage une blessure profonde qui se réveille à chaque fois que Yoni part pour le week-end en garde alternée. Son frangin connaît ce qu’Abi, elle, n’a jamais connu : la relation avec son père… Alors quand Yoni revient au foyer maternel, la tentation est profonde de vouloir le lui faire payer. Vacherie contre vacherie… Rien ne semble pouvoir apaiser l’ambiance, ramener un peu de bienveillance entre ces deux-là, malgré tous les efforts de leur mère, ses appels au bon sens, à la raison. Erika se démène comme une belle diablesse pour maintenir sa petite famille à flot malgré la défaillance des pères, enfin surtout celui d’Abi, qui ne voulait pas d’enfant, qui n’a même jamais voulu voir sa fille. Laquelle ne veut pas accepter cette triste vérité, persuadée que ce père l’aime en secret, obsédée par l’idée de le rencontrer. Erika patiemment explique, dit les choses, essaie d’être le plus pédagogue possible. Si elle veut casser les illusions de sa fille, c’est bel et bien pour la protéger. Mais rien n’y fait. C’est même l’inverse qui se produit. Plus les preuves de l’abandon paternel sautent aux yeux d’Abigaëlle, plus elle se replie dans le déni, se braque… C’est que les chiens ne font pas des chats, et qu’Abi est aussi têtue que sa mère. Alors, même si elle semble avoir officiellement retrouvé son humour, qu’elle se marre franchement avec elle, quelque chose de sournois continue à cheminer dans sa tête, une colère sourde contre laquelle Erika se sent impuissante. De fait, plus Abi, devenue adolescente, grandit en autonomie, plus il s’avère qu’elle n’a pas lâché l’affaire. Au désespoir de tous, elle idéalise une relation qui n’a jamais existé, continue de se raconter que son père désire la voir, et que sa mère se met en travers de leur bonheur…
Quelques mots d’amour, c’est l’épopée intime d’une petite famille, un long cheminement vers des lendemains qui chantent autre chose que les tubes des années 1990, au fil desquelles se déroule le récit. Le film est une merveille de délicatesse, une chronique solaire, débordant d’une tendresse qui panse les blessures les plus profondes, cultivant une drôlerie qui désamorce les drames et éloigne tout misérabilisme. Au bout du compte (et de tous les contes), jamais dans la vie en vrai un crapaud ne s’est transformé en prince, ni un géniteur en père aimant quand il n’avait pas le désir d’enfant. Mais peut-être la réalité n’est-elle pas si dégueulasse si on sait voir que l’amour est-là, tout autour, et que si ce n’est pas de l’amour, c’est de l’amitié, de la solidarité, et qu’il y a toutes sortes de famille, composées, recomposées, d’adoption… et qu’on peut s’y épanouir.



