samedi 12 décembre 2026 à 14:00

Tournefeuille

Ciné – Débat

Samedi 12 décembre à 14h à Tournefeuille, le projet de recherche interdisciplinaire Média-SCORES (MSH Toulouse/CNRS et ÉLAN IRSI – UT Capitole), vous invite à débattre après la projection autour du thème du scoring jeunesse. En présence de l’équipe du film (sous réserve). Une rencontre avec les chercheurs, les partenaires et les étudiants impliqués dans ce projet, porté par  Laurence Calandri, professeure de droit public, codirectrice du Master Droit des médias et de la communication et du Master Droit du numérique de l’École de droit de Toulouse

(Université Toulouse Capitole)

 

«  S’il vous plaît… dessine-moi un scoring jeunesse !  »  : à sa sortie en France, La Petite Dernière  bénéficiait d’un visa d’exploitation «Tous publics». Pourtant, pendant près de quinze jours, Google Search a affiché une mention «interdit aux moins de 18 ans ». Si l’«erreur technique» a été finalement corrigée, elle a rendu visibles les contradictions entre les différents systèmes de classification des films.

Places en vente au cinéma et en ligne sur festik.net aux tarifs habituels

LA PETITE DERNIÈRE

Réalisation : Écrit et réalisé par Hafsia HERZI
Casting : avec Nadia Melliti, Ji-Min Park, Amina Ben Mohamed, Melissa Guers, Rita Benmannana…
Scénario : D’après le roman autobiographique La Petite dernière de Fatima Daas
Récompenses : Festival de Cannes 2025 – Prix d’interprétation féminine pour Nadia Melliti + Queer Palm


Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2025
Durée : 107 mn
Version : VOST

Ah ! Être la « mazoziya », la petite dernière ! Faire bisquer ses aînées parce qu’on est autorisée à manger les gâteaux à peine sortis du four. Ne pas être obligée de mettre la main à la pâte. Profiter d’un peu plus de libertés. On est un peu la chouchou de tous quand on est la petite dernière, et c’est bien normal d’en profiter. Fatima, la « mazoziya », a dix-sept ans. Elle vit en banlieue parisienne, entourée de ses sœurs aînées, de sa mère – centrale pour elle – et de son père, qui supervise depuis le canapé ce qu’il se joue entre elles toutes au quotidien. Malgré les prises de bec habituelles entre sœurs, la famille est soudée et aimante. Fatima peut tranquillement s’adonner à ses prières, au football qu’elle adore, à ses études qu’elle prend très au sérieux et à sa bande de potes du lycée.

Si à la maison l’ambiance est féminine, Fatima évolue au foot et au lycée dans un milieu plutôt masculin. Elle parle comme un mec, s’habille comme un mec, se fait respecter comme un mec. Au grand dam de son petit copain, qui aimerait bien la voir porter d’autres tenues que ses éternels joggings. Mais Fatima n’est pas franchement amoureuse – et quand il lui parle avec passion de mariage, d’enfants, elle le laisse dire, les yeux perdus dans le vague. Plutôt taiseuse, Fatima observe ce qui l’entoure, parle peu d’elle et évite de se faire remarquer. Ce qui étonne d’autant plus ses camarades le jour où elle explose face à un gars de sa classe de terminale, qu’elle et ses potes harcèlent quotidiennement parce qu’il est trop visiblement gay. En réponse, le jeune homo ne se démonte pas et prend tout le monde à témoin : comment se peut-il que personne ne voie que Fatima, son agresseuse, est lesbienne ? Le mot déclenche la fureur de la « petite dernière ». Au point qu’il faut séparer de force Fatima du gringalet qu’elle va massacrer.
Au fond d’elle-même, sans le moindre doute, Fatima sait qui elle est et par qui elle est attirée. Mais là d’où elle vient, c’est singulièrement compliqué à assumer et, pense-t-elle, impossible à exprimer. Croyante sincère, fille aimante, elle est rongée par la culpabilité et paradoxalement désireuse de vivre pleinement son homosexualité. L’entrée à la fac à Paris va enfin lui permettre de s’émanciper. Nouvelles rencontres, nouvelles expériences, découvertes inattendues… Ici, elle n’a pas de passé, personne ne la connaît, elle peut enfin laisser libre cours à ses désirs et vivre pleinement sa vie. Alors Fatima fonce. Tête baissée.

D’une grande et simple beauté, sans effets inutiles et sans chichis, La Petite dernière est extraordinairement touchant. Hafsia Herzi réussit à nous immerger totalement dans le quotidien de Fatima, tantôt post-ado juvénile et solaire, tantôt lycéenne sombre et tourmentée, qui sait ne devoir compter que sur elle-même pour se libérer des carcans intimes tout autant que sociaux qui la brident dans sa quête de bonheur.
La réalisatrice affirme un style précis mais doux, épuré, généreux. Elle ne nous raconte pas seulement une histoire, mais nous offre en partage un fragment de vie, un récit de libération, avec une empathie constante : on fait corps avec ce personnage aussi sensible et discret que fort et déterminé. Quelle héroïne ! Quelle force l’habite ! Fatima irradie l’écran, superbement interprétée par Nadia Melliti, très justement récompensée par un prix d’interprétation qui ne pouvait que lui revenir !

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