Animus Femina
Eliane de Latour
Année : 2025
Pays : France
Durée : 102 mn
Eliane de Latour
Spectateurs·trices récemment émerveillé·e·s par Le chant des forêts, ne passez pas à coté de cet autre film remettant en question nos manières d’habiter le monde à l’ère du basculement écologique que nous traversons !
Si Vincent Munier aborde au masculin la transmission de sa fascination pour « le vivant qui nous échappe » à travers l’affût, Eliane de la Tour nous livre un récit cinématographique porté par quatre femmes proches de la faune sauvage. Avec elles, un rêve ancien reprend souffle alors qu’elles tentent de réparer les liens rompus entre humains, animaux et territoires.
La première tisseuse, c’est Marie-Pierre, fondatrice de l’Hôpital de la Faune Sauvage, au cœur des Cévennes. Depuis des années, elle recueille êtres à poils et à plumes victimes des actions humaines (chasse, voitures, électrification…) : faons, renards, faucons crécerelles, chouettes déesses, aigrettes aux pieds d’or… constituent une véritable « cour des miracles ». Auprès de ces animaux blessés, elle multiplie les gestes précis et salvateurs. Par le soin et leur remise en liberté, elle engage une éthique de la réparation et de la responsabilité. Sur tous les fronts – justice, publications, alertes sanitaires, lutte contre un urbanisme hostile – elle agit sans relâche, jusqu’à recevoir des menaces. La seconde tisseuse, c’est Sara, jeune chercheuse au CNRS, spécialiste de l’Antarctique en biologie marine, elle étudie les manchots et les phoques, sentinelles des bouleversements océaniques. Face au déni persistant, aux croisières de luxe, à l’effondrement des écosystèmes, elle alerte tout en sondant l’empreinte carbone de sa propre science. La sororité autour du respect du vivant continue de se construire en présence du personnage surréaliste de Francine. Perchée dans une zone ré-ensauvagée des Asturies en Espagne, elle vit seule parmi les animaux domestiques abandonnés comme sauvages. Telle Sisyphe au féminin, elle tire derrière elle un chariot pour alimenter ses bêtes. Certains la considèrent comme une sorcière, nous la percevons plutôt comme une chamane ayant retrouvé son souffle dans cette vallée isolée. Lanceuse d’alerte, elle défend son sentier de montagne contre les bulldozers lancés pour en faire une piste de quads. Francine sculpte sa liberté et celle de la faune qui l’entoure. Et puis Iris, artiste-peintre, esquisse en silence les divers « patients » de l’hôpital des animaux. Sous ses fusains naissent des natures mortes et vivantes, retissant des liens entre animaux, humains, mythes, comme au temps des grottes. Des émotions qui rejoignent les trajectoires des trois autres femmes, portées par une bande-son envoutante composée par Piers Faccini.
Animus femina met en lumière une relation féminine au vivant, lucide et engagée, qui interroge nos modèles de domination et propose d’autres récits inspirants pour les générations futures.



