Bait

Mark Jenkin

Année : 2019
Pays : GB
Durée : 89 mn
Date de sortie nationale : 06/03/2026
VOST

Edward Rowe, Simon Shepherd, Mary Woodvine, Gilles King, Chloe Endean
Mark Jenkin

Produit, filmé et mis en musique par Mark Jenkin
Pas d’horaire trouvé à Borderouge
03 juin 2026
17:10
04 juin 2026
21:15
05 juin 2026
13:30
06 juin 2026
11:30
07 juin 2026
20:50
08 juin 2026
16:30
09 juin 2026
19:10
Du 03/06/2026 au 09/06/2026 à Tournefeuille – Prochaines séances

Il est des cinéastes indéfectiblement rattachés à une ville, un lieu ou un territoire : Fellini ou Nanni Moretti et Rome, Kaurismaki et Helsinki, le canadien Guy Maddin et la (trop sous-estimée) ville glaciale de Winnipeg… L’encore méconnu mais infiniment singulier Mark Jenkin, lui, ce sont les Cornouailles. Cette région grande bretonne sauvage dans laquelle tout breton hexagonal, tout particulièrement finistérien, se sentira immédiatement comme chez lui tant ses falaises et ses petits ports de pêche hors du temps évoquent la baie de Douarnenez, le cap Sizun ou la pointe du Raz.

Du même réalisateur, l’incroyable découvreur de bizarreries cinématographiques ED Distribution avait déjà amené sur les écrans, il y a trois ans, Enys men – étrange OVNI à la lisière du fantastique qui évoquait le cultissime Wicker man (de Robin Hardy, 1973). Le même distributeur inspiré a aujourd’hui la merveilleuse idée d’exhumer un bijou inédit de Mark Jenkin, tourné avant le covid. Un film moins ésotérique, à la fois naturaliste et fantastique, mais dont la forme, aussi belle que perturbante, le range illico dans la catégorie (un peu fourre-tout mais alléchante) du « réalisme poétique » – dotée comme il se doit d’un solide fond social : il est ici question de gentrification et de la tentation d’un de ces petits ports de pêche, trop joli pour rester dévolu à son activité séculaire, de céder aux sirènes du tourisme.

Martin, gaillard aussi solide que taciturne, est un pêcheur sans bateau, depuis que son frère a repris le navire familial pour balader les touristes le long de la côte, une activité bien plus lucrative. De même, la maison de famille sur le port a été vendue à des riches Londoniens qui ne l’occupent qu’en villégiature, et louent en Airbnb l’annexe, ancienne remise à filets, à d’autres touristes moins argentés. Martin pratique donc la pêche depuis la plage, vend quelques bars au pub local, espérant économiser suffisamment – à l’ancienne : il met de côté des billets dans une boîte à biscuits – pour un jour racheter un bateau.

Bait met en scène la lutte de deux classes que tout oppose. Entre Martin, encombré de son vieux pick-up qu’il ne peut plus garer au port, et la famille de Londoniens et ses locataires estivaux, le fossé semble infranchissable. Aux gestes opiniâtres du travail très matinal de l’ouvrier (qui dérangent forcément les touristes, certes soucieux d’authenticité mais surtout de leur calme et de leur confort) s’oppose ceux, nonchalants, des vacanciers rangeant leurs bouteilles de mousseux au frigo en vue de leurs fêtes insouciantes.

Mais ce qui suscite réellement l’intérêt et la fascination pour le film, c’est l’opposition entre son propos moderne et sa forme intemporelle : son support, le 16 mm granuleux, et son format 4/3 « à l’ancienne », qui enferme l’action de manière théâtrale, sa prise de son en post synchro, ses plans serrés sur les visages et les mains, l’attention portée aux gestes – magnifiques quand Martin noue les nœuds de ses filets. Mais aussi son montage saccadé qui ose tout, ses flash-back ou flash-forward étonnants qui déstabilisent volontairement le récit. Et au-dessus des conflits des hommes, cette manière magnifique de filmer les paysages éternels en prenant son temps : tout cela rappelle furieusement quelques films inoubliables comme L’Homme d’Aran de Robert Flaherty ou son contemporain français Finis terrae de Jean Epstein, qui, au début des années 1930 inventaient en cinéma le réel sublimé. 90 ans plus tard, Marc Jenkin ressuscite et revisite magnifiquement le genre.

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