L’objet du délit
Agnès Jaoui
Année : 2026
Pays : France
Durée : 133 mn
Date de sortie nationale : 30/04/2026
VOST
Agnès Jaoui, Eye Haïdara, Daniel Auteuil, Claire Chust, Lucie Gallo, Vincenzo Amato, Patrick Mille, Emmanuel Salinger, Jacques Weber
Agnès Jaoui, Emmanuel Salinger, Laurent Jaoui, Noé Debré, Florence Seyvos
Festival de Cannes 2026 – Hors compétition
C’est un vrai régal que cette comédie ! Une comédie extrêmement subtile sous sa drôlerie incisive, une comédie qui a de la profondeur, pousse à la réflexion, témoigne de la complexité des choses sans asséner un point de vue. Agnès Jaoui fait un retour magistral derrière la caméra – pour la première fois sans son complice de toujours, le regretté Jean-Pierre Bacri. Une grande Agnès Jaoui au sommet de ses arts : celui de l’écriture, celui de la mise-en-scène, celui de l’interprétation, celui de la musique… Elle donne tout, jusqu’à l’ultime seconde du film, qui donne l’irrépressible envie de la serrer fort dans ses bras. Pour lui rendre un peu de cette chaleur humaine, de ce « goût des autres » qu’elle nous distille avec bonheur de film en film.
Pour certains, la vie est un drame, pour d’autres, elle est une farce. Tout est question de chance, mais aussi de point de vue, de façon de (se) la raconter. Tout chavire dans la routine pépère du grand maestro Igor (épatant Daniel Auteuil) le jour où, pour renflouer ses caisses, il décide de monter une énième adaptation des Noces de Figaro. Le hic, comme souvent, c’est l’oseille. Le fric, le flouze, l’artiche… En tout cas, c’est de là que tout part en sucette. Le montage financier était pourtant simple : un riche sponsor, une poignée de têtes d’affiches pas trop cher payées – et zou ! Oui mais… il s’avère rapidement que le financeur n’a qu’une motivation : imposer sa fille chérie dans le premier rôle, qu’importent ses talents de cantatrice. Oui mais… faute de trouver un « nom » à bas coût pour signer la mise en scène, voilà que ce poste essentiel échoit à une mannequin totalement néophyte en la matière : Prunelle ? Euh, non Mirabelle… Bref… un joli prénom de fruit pour celle qui pourrait bien être la reine des pommes, sacrifiée au milieu de ce petit monde de la scène plus habitué à obtempérer aux coups de gueules assassins qu’à la douce bienveillance respectueusement énoncée par ce petit filet de voix au timbre doucement perché. Complétons le tableau avec un ténor starlette viriliste, une équipe où des machinistes machistes côtoient des garçons en phase de déconstruction… Sans surtout oublier Cora (Eye Haïdara, sublime), une activiste féministe à la voix (et à la présence) d’or, qui aurait mérité d’avoir le premier rôle, reléguée à un rôle de délicieux Cupidon… Bref ! Les seuls réels appuis d’Igor dans son entreprise pourraient bien être l’assistante metteuse en scène (bientôt hors jeu à cause d’un bête accident) et Hannah (Agnès Jaoui, lumineuse), la célèbre cantatrice, amie et « ex » de longue date, qui, elle, ne l’abandonnera peut-être pas…
Le reste du casting ? On vous le laisse découvrir. Mais vous l’aurez compris : il est tout aussi somptueux que le décor qui va être planté… Le rideau peut s’ouvrir sur cette farce tragi-comique contemporaine qui va se jouer dans les coulisses d’un des opéras-bouffes les plus fameux, les plus intemporels – et les plus révolutionnaires du répertoire. À l’égal de l’œuvre lyrique, le film rivalise de tracasseries, de subtilité truculente, de piques sociétales – et tend un miroir salutaire à notre monde hyper-connecté, critiquant ses excès, ses biais, ses ravages quand l’émotivité prend le pas sur la pensée… Les gags à répétition font mouche, et renvoient le comique troupier à son masculinisme gras d’un autre âge, au profit d’une autre façon de penser le monde, pour peut-être l’améliorer. Et nous ? On rit de bonheur.



