11 mai à 20:30
Tournefeuille
Lundi 11 mai à 20h30 à Tournefeuille, avant-première suivie d’un débat sur la condition féminine en Iran avec Maryambanou Moussaei, avocate pénaliste franco-iranienne. Places en vente au cinéma et sur festik.net aux tarifs habituels. Le film sort le 3 juin.
Toutes mes soeurs
Massoud Bakhshi
Année : 2025
Pays : Iran, Autriche
Durée : 78 mn
Date de sortie nationale : 06/03/2026
VOST
Massoud Bakhshi
« Voici le pacte :
Si le miroir te révèle un défaut,
Ne le jette pas au sol,
N’en brise pas le tain.
Ô grand jamais !
Loin de moi le moindre grief envers le miroir.
Tends-le moi à présent,
Et vois mes manières loyales. »
Shams Tabrizi (1185–1248), vers extraits de Maghâlât.
Qu’implique de grandir à Téhéran au XXIe siècle ? Être enfant, puis adolescente, quand on est une fille dans une société corsetée par ses traditions mais dont la jeunesse est en perpétuel mouvement ? Revendiquer une liberté – ou simplement l’esquisser – y demeure un geste risqué. Après un détour remarqué par la fiction avec Une famille respectable (Quinzaine des cinéastes, Cannes 2012) et Yalda, la nuit du pardon (Grand Prix du Jury à Sundance 2020), Massoud Bakhshi revient au documentaire avec Toutes mes sœurs. Pendant près de vingt ans, de 2007 à 2025, il filme ses nièces, Zahra et Mahya – puis Maleka, arrivée plus tard. Dix-huit années saisies au fil du temps, comme autant de fragments d’une vie qui se construit sous nos yeux, dans un pays lui-même en mutation.
Zahra et Mahya sont deux enfants pleines d’énergie. Elles dansent, jouent, se coiffent, se vernissent les ongles. Rien que de très ordinaire, si ce n’est, en arrière-plan, les discours alarmants diffusés par la télévision et la radio, auxquels elles prêtent peu d’attention. Mais peu à peu, les contraintes s’immiscent. Un t-shirt qu’on ajuste parce qu’il laisse apparaître un bout de peau. L’entrée à l’école, et, concomitamment, le port du premier voile. Des règles qui s’imposent sans toujours se dire, mais que les corps apprennent vite. Devant la caméra de leur oncle, les questions s’accumulent : que comprennent-elles de ce qui les entoure ? Quand peuvent-elles sortir sans voile ? Jusqu’où peuvent-elles aller ? Mahya, surtout, laisse deviner qu’elle en saisit plus qu’elle ne veut bien le dire. Une lucidité discrète, parfois teintée d’agacement.
Les années passent. L’adolescence ouvre d’autres espaces. Zahra veut étudier, Mahya compose des chansons, seule, comme pour tracer une voie. « Nous sommes folles et imprudentes car nous sommes adolescentes… » chante-t-elle. Elles s’étonnent de l’absence de cours d’art, quand l’analyse des médias, elle, est bien présente. Les discussions s’animent, les positions s’affirment. Une colère sourde affleure. Les événements de 2022 vont les mettre profondément en colère et leur donner envie d’agir. La mort de Mahsa Amini, kurde iranienne arrêtée par la « police de la moralité » pour port de vêtements inappropriés, est un point de bascule. Les voiles tombent. Le pays se soulève, le slogan « Femme, Vie, Liberté » résonne dans les rues. Les trois sœurs, elles aussi, s’en emparent. Face à elles, la mère, la grand-mère préfèrent tenir à distance « l’énergie négative » des informations. Le dialogue se tend, les incompréhensions se creusent. Le film capte alors quelque chose de précieux : ce moment où une génération ne peut plus taire ce qu’elle ressent, mais se heurte à celles qui ont appris à composer, à se protéger autrement. Rien n’est simplifié, rien n’est tranché. Chacune avance avec ses contradictions.
Toutes mes sœurs est un regard porté, au long cours, sur une société mais aussi, surtout, sur celles et ceux, de toutes générations, qui la composent. Comme le suggèrent les mots de Shams Tabrizi,
se regarder n’est jamais anodin : il faut accepter ce que l’on y voit, sans briser le reflet. Entre lucidité et transmission, le film esquisse une possibilité : celle de briser, peut-être, le cercle vicieux qui imposerait de répéter toujours les mêmes erreurs – et d’inventer autre chose.












