Demain je tombe amoureux
Réalisation : Martin Provost
Casting : Fabrice Luchini, Emmanuelle Devos, Chiara Mastroianni, Carole Bouquet
Scénario : Martin Provost
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 107 mn
Sortie nationale : 25/11/2026
Quelle délicieuse chose que l’amour, ses affres, ses picotements exaltants ! Comme il en parle avec exaltation, Émile (Fabrice Luchini, forcément !), avec passion ! Comme il décortique les textes pour happer l’attention de ses élèves, les faire vibrer avec lui, les exhortant à « devenir les poètes de leurs propres existences » ! Comme il s’implique ! Comme il les implique ! Pour terminer avec un pincement au cœur quand la cloche sonne : c’était sa dernière séance à lui, son dernier cours avant de partir à la retraite.
De retour au bercail, c’est une tout autre musique qui se joue : les tiroirs sont vides, vides des vêtements de sa femme, vides de tous les objets qu’elle aimait. Voilà Émile tout aussi vide et désorienté, refusant de croire l’évidence. C’est qu’il n’a rien vu venir. Mais comment l’aurait-il pu ? La regardait-il encore ? Comme le lui dira une amie : « elle était déjà partie depuis longtemps ». Il découvrira sous peu qu’elle a définitivement fugué avec son amant pour prendre un bain de jouvence et que son téléphone sonnera définitivement dans le vide… Le voilà seul avec sa littérature et ses grandes phrases. Mais le spleen baudelairien ne suffit pas pour entretenir une maison ! Voilà notre homme obligé, pour la première fois depuis bien longtemps, de se préoccuper des basses contingences de l’existence. En le regardant errer dans les rayons d’une supérette impersonnelle, on se doute qu’en couple, il ne s’occupait jamais de l’intendance. Et alors qu’il cherche de quoi grailler dans les rayons, c’est lui qui va devenir la proie d’une animaliste activiste pas piquée des hannetons (Carole Bouquet à contremploi, excellente…).
Contrairement à ce que le pitch, l’affiche, la promo peuvent laisser penser (mais on n’attire pas les mouches avec du vinaigre), Demain je tombe amoureux n’est pas un énième opus consacré à Fabrice Lucchini et au personnage qu’il incarne, qu’il a depuis quatre décennies patiemment imposé dans le paysage culturel français – théâtral, cinématographique, littéraire, télévisuel et radiophonique. Émile ajoute bien une nouvelle nuance au personnage familier, qui se confond, à force, avec l’image que l’homme de spectacle, bête médiatique, aime à donner de lui. Mais Martin Provost n’est pas un perdreau de l’année : la déshérence sentimentale du vieux beau, crépusculaire et finalement plutôt convenue, est le prétexte d’une galerie de personnages féminins une fois de plus particulièrement soignés (dans la lignée de Séraphine, Violette, Sage femme, La Bonne épouse…). La fable contemporaine, exquise et drolatique, est servie par une panoplie d’actrices qui crèvent l’écran (une Chiara Mastroianni mutine, une Emmanuelle Devos perchée). La frangine, l’amour de jeunesse, l’aide soignante, la voisine musicienne, les joyeuses retraitées qui s’entretiennent le corps et la socialisation en faisant du « longe côte » à marée basse… Tantôt libérées par le veuvage de pesants carcans sociaux, tantôt cabossées par la vie, parfois joyeusement frondeuses – elles rayonnent malgré tout et volent toutes plus haut que ce petit homme perdu, comme un avion sans ailes… qui ne sert en définitive qu’à nous les révéler. À travers le portrait de groupe de ce marivaudage du troisième âge aux répliques ciselées, le réalisateur propose une réflexion tendre et décapante sur notre société en même temps qu’il offre un terrain de jeu exceptionnel à ses actrices. Un petit régal, vous dis-je !



