Fatherland

Réalisation : Pawel Pawlikowski
Casting : Hanns Zischler, Sandra Hüller, August Diehl, Anna Madeley
Scénario : Pawel Pawlikowski, Hendrik Handloegten
Récompenses : Prix de la Mise en scène – Festival de Cannes 2026

Type de film : Fiction
Pays : Allemagne, Pologne
Année : 2026
Durée : 82 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 02/12/2026

Pas d’horaire trouvé à Borderouge
Mercredi 02 décembre
13:30
Mercredi 02 décembre
19:15
Jeudi 03 décembre
16:30
Jeudi 03 décembre
20:45
Vendredi 04 décembre
13:15
Vendredi 04 décembre
19:45
Samedi 05 décembre
15:50
Samedi 05 décembre
19:45
Dimanche 06 décembre
13:20
Dimanche 06 décembre
18:50
Lundi 07 décembre
14:00
Lundi 07 décembre
18:30
Mardi 08 décembre
19:15
Du 02/12/2026 au 08/12/2026 à Tournefeuille – Prochaines séances

C’est un film sublime dans sa mise en scène et par ailleurs d’une terrible lucidité politique et historique. Nous sommes en 1949. Avec une rapidité et une efficacité qui forcent le respect, l’Allemagne reconstruit, à l’Est comme à l’Ouest, ses bâtiments et son économie (le fameux « miracle allemand »). Mais aussi, et c’est plus laborieux, sa conscience morale, après s’être rendue coupable du pire génocide du XXe siècle, pour lequel sera inventé la notion internationale de « crime contre l’humanité », ainsi que d’une guerre impérialiste qui aura fait plusieurs millions de morts rien qu’en Europe. On orchestre ainsi en grandes pompes le retour au pays natal d’un monument de la littérature allemande : Thomas Mann. Exilé en Suisse après l’avènement d’Hitler, puis aux États-Unis (dont il a pris la nationalité), mondialement connu pour Les Buddenbrook (1901) La Mort à Venise (1912, adapté au cinéma en 1971 par Luchino Visconti), La Montagne magique (1924, qui a fortement inspiré Le Vent se lève de Hayao Miyazaki), couronné en 1929 par le Prix Nobel de littérature, c’est en héros qu’il est accueilli, en compagnie de sa fille Erika, pour recevoir deux « prix Goethe » : celui de la ville de Francfort, en Allemagne de l’Ouest, et le second remis au nom de la RDA à Weimar (où fut rédigée avant-guerre la constitution de la République, désormais sous influence soviétique). C’est dans une Buick noire impeccable et en proie à des sentiments contradictoires que Mann, emmuré dans sa statue de commandeur des lettres, comme étranger aux drames intimes qui l’assaillent, traverse l’Allemagne en partie détruite… Un voyage filmé comme un road movie halluciné.

On connaît le talent du metteur en scène polonais Pawel Pawlikowski, déjà auteur des splendides autant que tranchants Ida (2013) et Cold War (2018) : son goût du noir et blanc, ses cadres impeccables, véritables tableaux cinématographiques qui enferment délibérément les personnages… On retrouve cette beauté formelle imparable dans Fatherland. Comme à son habitude, le cinéaste la met au service d’une narration écrite au scalpel, d’une description acérée aussi bien des décors (les ors des salons et les paysages dévastés) que de la société allemande, des deux côtés du rideau de fer, et d’une évocation sans complaisance de l’aveuglement du vieil écrivain, encore persuadé, seize ans après son exil, que ce peuple complice des pires atrocités peut se guérir par la beauté de l’art. Alors que dans les faits, tous les officiels rencontrés, qui organisent les réceptions auxquelles il est invité, n’ont de cesse de planquer les clivages et les crimes sous le tapis : silence radio en RFA, mythe d’une soi-disant résistance populaire en RDA… Aux côtés d’un Thomas Mann délibérément déconnecté de la réalité, c’est sa fille Erika, sorte d’Antigone en terre pas totalement dénazifiée – magnifiquement interprétée par Sandra Hüller –, qui observe avec lucidité tous ces anciens criminels, stratégiquement réintégrés à l’Ouest comme à l’Est dans la gestion du pays. Bien sûr, il y a chez Mann des éclairs de lucidité, comme lorsqu’Erika exprime son souhait de repartir « à la maison » et que son père lui demande, fatigué, où est leur maison… Au-delà du cas de l’Allemagne de l’après guerre, le film propose une magnifique et terrible réflexion sur la reconstruction morale des sociétés dans les tous les états coupables, hier comme aujourd’hui, de crimes contre l’humanité…

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