lundi 07 décembre 2026 à 20:00
Tournefeuille
Lundi 7 décembre à 20h à Tournefeuille, table ronde autour du film en partenariat avec les Masters Man&Biosphère et Gestion de la Biodiversité de l’Université Toulouse 3 Paul Sabatier. Projection suivie d’une rencontre avec Philippe Perrin, astronaute, Philippe Chomety, maître de conférences en littérature française à l’université Toulouse Jean Jaurès, membre du laboratoire « Patrimoine, Littérature, Histoire » et Sylvestre Maurice, astrophysicien à l’Institut de recherche en astrophysique et planétologie, IRAP (Univ. Toulouse 3 Paul Sabatier, CNRS, Cnes).
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Les horizons disparus
Shifting baselines
Type de film : Documentaire
Pays : Canada
Année : 2025
Durée : 100 mn
Version : VOST
Sortie nationale : 02/12/2026
Vous qui aimez contempler la Voie lactée lors des belles soirées d’été, n’avez-vous pas remarqué quelques intrus parmi les étoiles filantes ? Quel que soit votre degré d’attirance pour la voûte céleste (ou pour le dernier vol spatial de Sophie Adenot), ne passez pas à côté de ce film vertigineux qui pointe son télescope non seulement vers le ciel mais aussi vers notre espèce humaine.
Focus sur Boca Chica, Texas. Ce hameau, enclavé entre le golfe du Mexique et le Rio Grande, vit au rythme du bruit des vagues. Mais des changements irréversibles bouleversent cette contrée sauvage : les marais ont été asséchés, les plages fermées, les maisons rachetées. L’ombre qui se profile au-dessus de la plage est celle de la fusée de 50 étages de SpaceX, la société d’Elon Musk, en attente d’être lancée dans l’espace. Dans ce décor désertique et lunaire, abritant coyotes, serpents et oiseaux migrateurs, une foule de curieux admire ces caravelles modernes, ogives de métal prêtes à décoller vers de nouveaux far-west. La sensation première est celle d’une dystopie à la croisée des univers de Chris Marker et Jacques Tati. Pourtant, c’est bien une absurde réalité qui se dévoile sous nos yeux ! Sidéré par ce lieu emblématique des colonisations passées et à venir (Musk n’a rien trouvé de mieux que d’installer ses fusées sur un ancien cimetière d’indigènes massacrés !), Julien Élie choisit cette base spatiale surréaliste comme point de départ d’une exploration politique, métaphysique et poétique. Tel un anthropologue curieux, il nous livre quelques portraits croustillants de touristes et astronomes amateurs, adeptes de la conquête spatiale qui y accourent en masse, nourrissant l’espoir d’aller sur Mars lorsque notre planète saccagée ne sera plus viable. La réaction est bien différente chez les écologistes inquiets de l’impact de la base sur l’environnement dans cette zone de faune protégée, et chez les habitants de Boca Chica qui n’ont pas encore fui leur village, malgré un quotidien chamboulé par l’agrandissement du site et les nuisances sonores. Quant aux familles mexicaines de l’autre côté du Rio Grande, pêchant sous l’œil vigilant de la police, rêvent-elles d’un voyage dans les étoiles, ou tout simplement de pouvoir habiter dignement la Terre ?
Par petites touches, le film prend de la distance en recueillant, dans d’autres contrées, les observations et prévisions de scientifiques (biologistes, astrophysiciens, etc.) soucieux des effets de saturation de cette exponentielle course à l’espace. Le syndrome de Kessler, réaction en chaîne engendrée par la collision de débris et d’objets spatiaux, passe du scénario improbable à une véritable préoccupation, sachant que 60 000 satellites tourneront autour de la terre dès 2028. Le film réussit à faire de Boca Chica un théâtre symbolique et universel, comme un point de jonction de la destruction de la terre et du ciel. En se référant aux transformations des profondeurs océaniques (autre terra incognita convoitée), le biologiste marin Daniel Pauly, inventeur du concept du « Shifting baselines », nous alerte : notre « seuil de référence » à propos des disparitions d’espèces animales ou des changements climatiques évolue de génération en génération. Ce qui semblait hors-norme il y a 25 ans devient soudainement acceptable. Ainsi, le ciel que nous avons toujours connu cessera d’exister dans un futur proche…
Grâce à un montage virtuose et fluide, rêves, craintes et concepts scientifiques entrent en relation. Avec cette forme libre et musicale, le réalisateur met en orbite des idées stimulantes, projetant une lumière critique et éclairante sur ce que l’avenir pourrait nous réserver !





























