La Grève
Réalisation : Gabrielle Stemmer
Scénario : Gabrielle Stemmer
Type de film : Documentaire
Pays : France
Année : 2025
Durée : 55 mn
« Un beau matin, je me suis rendu compte que je n’avais pas fait l’amour depuis trois mois. » Face à l’accumulation des injonctions, des violences faites aux femmes, en 2023 la chercheuse et écrivaine Ovidie expliquait sa sortie de la sexualité, dans La chair est triste hélas. Une démarche intime à forte portée politique. Cet essai a, depuis, été adapté sur les planches et interprété par Anna Mouglalis, sous la direction de l’autrice elle-même.
Avec La Grève, Gabrielle Stemmer propose à son tour une (re) lecture puissante de l’ouvrage, avec l’accord mais sans la participation d’Ovidie. Monteuse de formation, elle associe le texte à des images d’archives amateurs, ou issues de magazines féminins, de journaux télévisés… Une matière inédite pour cette réalisatrice plutôt adepte du found footage – ces images piochées sur Internet –, voir son fascinant court métrage Clean With Me (After Dark).
Au-delà de la simple illustration, les extraits de publicité et les archives sur la vie domestique des femmes (datant de plusieurs décennies) dialoguent avec l’ouvrage de référence, le complètent et permettent de souligner son ton incisif. Exemple, pour évoquer l’âge de péremption que la société attribue aux corps féminins, Gabrielle Stemmer choisit de montrer l’intérieur d’un frigo rempli de pots de yaourts… Ancrés dans notre culture, ces visuels constituent autant de preuves d’une misogynie structurelle, et résonnent pertinemment avec la démonstration d’Ovidie. « Je voudrais croire en un amour affranchi de notre culture de la domination, en une hétérosexualité qui trahirait le patriarcat », lance l’autrice ; avant de déplorer : « Vous voyez bien que c’est strictement impossible. » (Cécile Marchand Ménard, Télérama)



