mercredi 30 septembre 2026 à 20:00
Tournefeuille
Mercredi 30 septembre à 20h à Tournefeuille. La première projection de Mémoire de fille sera suivie d’une rencontre avec l’historienne Marine Rouch. Séance de signatures avant et après la projection, table de livres dans le hall du cinéma proposés par Marine Rouch et la librairie Paysages humains, autour de l’histoire des femmes, du genre et des féminismes. Places en vente au cinéma et sur festik.net aux tarifs habituels.
Que nous apprennent aujourd’hui les récits intimes de femmes sur ce qu’elles ont vécu, sur ce qui les a façonnées et sur les chemins qu’elles ont trouvés pour s’émanciper ? À partir de l’adaptation de Mémoires de fille d’Annie Ernaux et des travaux de l’historienne toulousaine Marine Rouch sur les généalogies de femmes, les transmissions féministes et les écritures de l’intime, la rencontre tournera autour des expériences subjectives des femmes d’hier à aujourd’hui ; une soirée pour replonger dans le passé, entendre les voix des femmes qui nous ont précédé·es et interroger ce qui se transmet, se transforme ou se réinvente d’une génération à l’autre.
Marine Rouch est l’autrice de Chère Simone de Beauvoir. Vies et voix de femmes « ordinaires » (Flammarion 2024) et Entre femmes. Le lesbianisme dans les écrits de l’intime (avec Alexandre Antolin, Mauconduit 2026).
Mémoire de fille
Réalisation : Judith Godrèche
Casting : Tess Barthélemy, Valérie Dréville, Victor Bonnel, Ariane Labed
Scénario : Judith Godrèche
D’après le roman d’Annie Ernaux
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 120 mn
Sortie nationale : 30/09/2026
Dans Mémoire de fille, le roman, il s’agit d’un court passage, quatre lignes à peine : « Elle a au coin de la lèvre gauche une cicatrice en forme de griffe – invisible sur la photo – consécutive à une chute sur un tesson de bouteille à trois ans. » Cette cicatrice devient pourtant un détail fondamental dans l’adaptation à l’os par Judith Godrèche du récit d’Annie Ernaux publié en 2016, dans son deuxième long métrage en tant que réalisatrice. Et cette adaptation est une forme d’événement, par celle devenue une figure de la lutte contre les violences sexuelles faites aux femmes et aux enfants, dans la société civile en général, et le cinéma français en particulier.
Le film commence, comme dans le roman, par le désir impérieux exprimé par la narratrice, ici, une voix off, de replonger au cœur de l’été 1958 à « S dans l’Orne », à la recherche de souvenirs les plus précis possibles. Cet été est celui au cours duquel Annie, alors Duchesne, devint monitrice, dans une colonie de vacances où elle allait fêter ses 18 ans (« ils n’avaient été qu’une poignée à être passés dans sa chambre boire un verre et grignoter, s’éclipsant vite »). Celui au cours duquel Annie, encore vierge, n’ayant jamais vu d’homme nu, fut emmenée au beau milieu d’une « surpat » dans sa chambre par « H », le moniteur en chef, qui lui demanda de se déshabiller, et força entre ses cuisses « l’énormité et la rigidité du membre », malgré sa douleur.
À travers Annie, incarnée par la fille de la réalisatrice, Tess Barthélemy, Judith Godrèche, comme Annie Ernaux, interroge l’immensité de la zone grise, contre laquelle la jeune héroïne cogne son propre désir. « Je me passe et repasse la scène dont l’horreur ne s’est pas atténuée, celle d’avoir été aussi misérable, une chienne qui vient mendier des caresses et reçoit un coup de pied », écrivait l’autrice. À l’écran, cette séquence, hélas fondatrice dans sa mémoire de fille, se déroule dans une chambre aux allures de cellule, sous la lumière crue d’une ampoule nue, seul témoin de l’absence totale de consentement éclairé d’une Annie stupéfaite, qui subit ensuite l’outrageante question : « C’est laquelle, ta savonnette ? »
La mise en scène de Judith Godrèche accompagne à la trace le mélange de désir, de stupéfaction et de désespoir de la jeune fille, quitte à répéter jusqu’à l’overdose les plans et gros plans sur le – certes – fascinant visage de Tess Barthélemy, et cette cicatrice. Sans omettre certaines maladresses, comme la transposition contemporaine du personnage, face à une Annie Ernaux de fiction.
Mais la très délicate entreprise de représentation de la douloureuse introspection menée par Annie Ernaux, cinquante-huit ans après cet été qui marqua son esprit et son corps au fer rouge, est dignement conduite par Godrèche. Et la violence de ce que l’on appellerait aujourd’hui le slut shaming et le mépris de classe dont usent avec la plus grande cruauté les collègues moniteurs et monitrices d’Annie, montrée avec une grande justesse. (Caroline Besse, Télérama)
















