La Conscience politique

Réalisation : Léolo Victor-Pujebet
Casting : Geoffroy de Lagasnerie, Didier Eribon, Edouard Louis, Assa Traoré, Rachida Brakni, Emmanuelle Béart

Pays : France
Année : 2026
Durée : 71 mn

Sortie nationale : 06/01/2027

Avant-première
Mardi 08 décembre à 20:30 à Borderouge.

Avant-première en présence du réalisateur Léolo Victor-Pujebet et de Geoffroy de Lagasnerie, en partenariat avec la librairie Paysages humains.

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«  Quand vous vous définissez comme non-violent, en fait d’un point de vue holistique, vous acceptez tout simplement le monopole de la violence à l’Etat… » Geoffroy de Lagasnerie

On ne va pas se mentir : filmer la pensée politique et philosophique en action est un sacré défi ! Autant contempler quelqu’un en train de penser peut vite s’avérer rébarbatif (mais constituer un somnifère efficace), autant l’auto-célébration onaniste spectaculairement mise en scène du génie philosophique en chemise blanche peut rapidement virer à la mascarade pathétique. Entre ces deux extrêmes pénibles, rares sont les films qui parviennent à concilier didactisme nécessaire et efficacité formelle. Deux américains (Kirby Dick et Amy Ziering en 2002) ont ainsi réussi à rendre vivant et intelligible la pensée de Derrida ; l’ami Pierre Carles a signé (en 2001) avec La Sociologie est un sport de combat un exercice passionnant de mise à disposition du grand public le personnage, les engagements et la sociologie de Pierre Bourdieu. Le film de Léolo Victor-Pujebet, qui reprend le titre d’un des récents essais de Geoffroy de Lagasnerie, est de cette veine : passionnant, vivant, accessible au commun des mortels… Tout à fait dans le ton et l’esprit des interventions publiques du philosophe, au sortir desquelles on se sent immanquablement éclairé, ragaillardi, plus fort, mieux armé – parfois même fugacement plus intelligent.

C’est que, depuis quelques années, Geoffroy de La Gasnerie a placé la réflexion philosophique au cœur du débat politique, devenant une figure intellectuelle incontournable de la gauche dite « radicale ». Questionnant les fondements d’une justice de classe mise au service de la répression des mouvements sociaux – mais aussi le racisme systémique qui sévit au sein de la police. Il est également associé à Didier Eribon, l’historiographe des mouvements LGBT (Mélenchoniste convaincu, connu pour son magnifique récit autobiographique Retour à Reims), ainsi qu’à l’écrivain Edouard Louis (figure moderne et passionnante du transfuge de classe) – les trois hommes partageant un forme de radicalité politique et formant un trouple amical tout à fait stimulant. À travers différentes interventions publiques du philosophe, ponctuées de lectures de texte par Rachida Brakni ou Emmanuelle Béart, le film ancre le discours philosophique et sociologique dans un réel des plus tangibles. Il décrypte notamment avec brio les illusions sociales que véhicule le pouvoir et l’orientation biaisée du système pénal en se positionnant délibérément dans les marges, aux côtés des plus précaires. Lagasnerie décrit par exemple avec beaucoup de justesse l’impossibilité, pour quiconque est régulièrement confrontés aux contrôles au faciès et aux dérapages des forces de l’ordre, d’apprécier la Police – et en tire comme expérience personnelle le refus d’entretenir une relation avec quelqu’un qui défendrait cette institution.

Plus globalement, c’est l’hypocrisie de la démocratie représentative française qui est la cible de ses différentes interventions. Mais il est aussi question de l’importance de l’amitié dans la lutte, une valeur magnifiquement incarnée par le trio, qui l’oppose dans une démarche elle aussi très radicale au carcan du couple classique hétérosexuel. Tout est politique, tout fait politique… Dans le contexte actuel de luttes sociales et de menace de l’arrivée de l’extrême droite au pouvoir, voilà un film revigorant – à prescrire d’urgence pour se redonner des forces, de l’enthousiasme et de l’espoir.

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