La bataille de Gaulle – L’âge de fer
Réalisation : Antonin Baudry
Casting : Simon Abkarian, Niels Schneider, Thierry Lhermitte, Karim Leklou, Florian Lesieur, Simon Russell Beale, Benoît Magimel, Kacey Mottet-Klein, Félix Kysyl, Anamaria Vartolomei, Adèle Jayle, Mathieu Kassovitz, Grégoire Colin
Scénario : Bérénice Vila, Antonin Baudry
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 159 mn
Sortie nationale : 03/06/2026
Tel le porte-avions baptisé de son nom, une superproduction française consacrée à Charles de Gaulle (1890-1970) s’avance vers nous, monumentale : deux films, cinq heures au total. La découverte de L’Âge de fer (la suite, J’écris ton nom, est prévue pour le 3 juillet), révèle un propos qui n’a cependant rien de pompeux. En résumé : pour de Gaulle, c’était pas gagné.
Nous voilà en 1940 et le colonel tout juste passé général, après son exploit face aux Allemands à Montcornet, s’envole pour Londres. Il quitte un pays qui a capitulé, part pour faire survivre la seule France qui existe à ses yeux : la France libre, dont il se nomme lui-même le représentant… dans une indifférence quasi complète. Si le Premier ministre britannique Winston Churchill lui accorde son soutien, il menace sans cesse de le lui retirer. À la BBC, où est lancé l’appel du 18 juin, le micro n’est jamais loin d’être coupé. Jusqu’au bout de ce premier film, qui s’achève avec l’entrée en guerre des États-Unis, de Gaulle doit lutter pour pouvoir mener sa bataille et ne pas être cette scorie de l’Histoire à laquelle on veut le réduire.
L’éclairage est inattendu, peu flatteur, mais tout sauf dévalorisant : plus le général est mis en minorité, plus il se montre grand, solide face à l’adversité. Cette stature est le principal sujet de ce film qui, au fil des événements reconstitués, reste d’abord un portrait. La vision d’un de Gaulle autoproclamé qui ne doit rien à personne et semble déjà statufié par ses propres soins, parce qu’il lie son destin à celui de la victoire française, dont il s’interdit de douter. Il y a quelque chose de monolithique dans cette image pleine de droiture, comme dans l’interprétation de Simon Abkarian, très marmoréen pour camper la figure mythique. Mais, à force d’habiter cette rigidité, l’acteur emporte l’adhésion et le parti pris du film trouve son sens : la raideur de De Gaulle, au milieu d’une tourmente devenue prétexte à toutes les tergiversations (y compris collaborationnistes), c’est la clé de l’homme et de l’Histoire, nous dit Antonin Baudry.
Ce réalisateur est, lui, un drôle de zèbre, polytechnicien devenu diplomate, scénariste de la BD et du film Quai d’Orsay, passé derrière la caméra avec Le Chant du loup en 2019. Si la constance et la ténacité le fascinent, il se plaît ici à passer d’une tonalité à l’autre en aimant tout. Le stoïcisme de celui qui refuse la défaite comme la fébrilité d’un jeune Parisien animé par le même esprit de résistance, Fernand Bonnier de La Chapelle, héros méconnu incarné avec une belle vivacité par Florian Lesieur. Les joutes oratoires opposant de Gaulle et Churchill (Simon Russell Beale, absolument savoureux) dans le secret des coulisses de la Seconde Guerre mondiale, comme les scènes de combats militaires qui culminent avec la bataille de Bir Hakeim, spectaculaire et poignante.
Antonin Baudry aime aussi de Gaulle de toutes les manières possibles. Avec sérieux (la biographie de Julian Jackson pour guide) et avec fantaisie. Parce qu’il voit en lui une âme forte et un caractériel illuminé. Jamais hagiographique, son film s’autorise des moments comiques bienvenus, parvenant à traduire une légendaire passion pour la France et le sentiment de la fierté nationale sans se mettre au garde-à-vous. Dans le mimétisme avec son modèle, le portraitiste trouve aussi un art de la bonne distance, un recul assurément gaullien. C’est éclairant, instructif. Mais il nous manque encore des facettes pour cerner le personnage. La seconde partie sera, à tous points de vue, décisive. (Frédéric Strauss, Télérama)



