La vénus électrique
Pierre Salvadori
Année : 2026
Pays : France
Durée : 122 mn
Date de sortie nationale : 05/12/2026
Pio Marmaï, Anaïs Demoustier, Gilles Lellouche, Vimala Pons, Gustave Kervern, Madeleine Baudot
Benjamin Charbit, Benoît Graffin, Pierre Salvadori
Festival de Cannes 2026 : Film d’ouverture
Le cinéma de Pierre Salvadori, on l’aime d’amour, depuis toujours. Depuis Cible émouvante et Les Apprentis… Il y a dans ses films une merveilleuse fantaisie, une infinie tendresse et cette chose si précieuse : la liberté (En liberté, c’était le titre de son formidable avant-dernier film (2017), ça lui allait comme un gant). La Vénus électrique est une de ses plus belles réussites. Ce que le cinéma peut nous offrir de mieux quand la recette fonctionne, quand la magie opère et que le voyage dans le temps nous cueille comme des gamins embarqués dans un tour de grand huit à la fête foraine. C’est drôle, c’est joyeux, c’est touchant, c’est rythmé, c’est du beau grand cinéma qui nous fait nous sentir vivants. Autant dire un salvateur antidote à la déprimante actualité !
Puisqu’on parle de fête foraine, entrons donc dans celle qui, en cet an de grâce 1928, se tient aux portes de Paris. La première guerre est déjà loin, la seconde inimaginable et l’on profite de la vie de ces années folles où tout n’est qu’art, effervescence, divertissement. Chez les forains, entre la femme à barbe et la roulotte de Madame Claudia qui promet pour quelques sous un contact en ligne directe avec vos chers défunts, une attraction tout particulièrement attire les foules : La Vénus electrificata. Ici, Messieurs, laissez-vous porter par la puissance du baiser électrique qui vous fera voir mille et une étoiles et vous laissera sur les lèvres le goût du coup de foudre qui, niveau voltage, n’aura jamais aussi bien porté son nom. Ce n’est pas moi qui le dit mais le maître du numéro (Gustave Kervern inoubliable dans la scène du « regard amoureux ») qui harangue le chaland. Il faut dire que Vénus (Anaïs Demoustier), avec ou sans ampérage, est tout ce qu’il y a de charmant avec son petit carré à la garçonne, son parler franc et son allure de titi parisien. Mais loin des baisers vendus, cette Vénus qui n’a pas de barrière, Suzanne de son vrai nom, ne rêve que de se faire la malle, s’affranchir de ce maître tyrannique. En attendant des jours meilleurs, elle adoucit sa condition en se faufilant dans les roulottes, pour piquer une clope ou boire un coup. C’est ainsi qu’elle tombe sur Antoine Balestro (Pio Marmaï), jeune peintre en vogue qui n’arrive plus à travailler, convaincu d’être responsable du décès de son épouse, et qui tente d’entrer en contact avec elle par l’intermédiaire de Madame Claudia, la médium citée plus haut. Prise de cours mais pas d’inspiration, Suzanne se fait passer pour la défunte. À cette époque où le spiritisme est très en vogue et où les tables tournantes et les esprits cogneurs s’invitent bien volontiers dans les salons mondains, Antoine ne marche pas : il cavale ! Et s’il retrouve enfin le goût de la peinture, ce n’est pas Armand (Gilles Lellouche, formidable), son ami et galeriste, qui s’en plaindra. Somme toute, le subterfuge profite à tout ce petit monde…
Le mensonge, l’ambiguïté, les faux-semblants, l’attrait pour les spectacles populaires irriguent cette œuvre fidèle au cinéma poétique de Pierre Salvadori qui mêle comme personne liberté narrative, mélancolie et humour. S’inspirant de la comédie hollywoodienne de la grande époque – rythme vif, quiproquos en chaîne, précision de l’écriture et de la mise en scène –, ce fervent admirateur d’Ernst Lubitsch, Billy Wilder ou Blake Edwards nous embarque dans un univers romanesque singulier, qui explore les relations humaines et les fragilités de personnages cabossés dans leur quête du bonheur. Un régal.



