La bataille de Gaulle – J’écris ton nom
Réalisation : Antonin Baudry
Casting : Simon Abkarian, Niels Schneider, Thierry Lhermitte, Karim Leklou, Florian Lesieur, Simon Russell Beale, Benoît Magimel, Kacey Mottet-Klein, Félix Kysyl, Anamaria Vartolomei, Adèle Jayle, Mathieu Kassovitz, Grégoire Colin
Scénario : Bérénice Vila, Antonin Baudry
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 160 mn
Sortie nationale : 03/07/2026
Tel le porte-avions baptisé de son nom, une superproduction française consacrée à Charles de Gaulle (1890-1970) s’avance vers nous, monumentale : deux films, cinq heures au total. L’Âge de fer, révèle un propos qui n’a cependant rien de pompeux. En résumé : pour de Gaulle, c’était pas gagné.
Nous voilà en 1940 et le colonel tout juste passé général, après son exploit face aux Allemands à Montcornet, s’envole pour Londres. Il quitte un pays qui a capitulé, part pour faire survivre la seule France qui existe à ses yeux : la France libre, dont il se nomme lui-même le représentant… dans une indifférence quasi complète. Si le Premier ministre britannique Winston Churchill lui accorde son soutien, il menace sans cesse de le lui retirer. Jusqu’au bout du premier film, qui s’achève avec l’entrée en guerre des États-Unis, de Gaulle doit lutter pour mener sa bataille et ne pas être cette scorie de l’Histoire à laquelle on veut le réduire.
L’éclairage est inattendu, peu flatteur, mais tout sauf dévalorisant : plus le général est mis en minorité, plus il se montre grand, solide face à l’adversité… Vision d’un de Gaulle autoproclamé qui ne doit rien à personne, déjà statufié par ses propres soins, parce qu’il lie son destin à celui de la victoire française, dont il s’interdit de douter. Il y a quelque chose de monolithique dans cette image pleine de droiture, comme dans l’interprétation de Simon Abkarian. Mais l’acteur emporte l’adhésion et le parti pris du film trouve son sens : la raideur de De Gaulle, au milieu d’une tourmente devenue prétexte à toutes les tergiversations (y compris collaborationnistes), c’est la clé de l’homme et de l’Histoire, nous dit Antonin Baudry.
Ce réalisateur est, lui, un drôle de zèbre (polytechnicien, diplomate, scénariste de BD, cinéaste…). Si la constance et la ténacité le fascinent, il se plaît ici à passer d’une tonalité à l’autre en aimant tout. Le stoïcisme de celui qui refuse la défaite comme la fébrilité d’un jeune Parisien animé par le même esprit de résistance, Fernand Bonnier de La Chapelle, héros méconnu incarné avec une belle vivacité par Florian Lesieur. Les joutes oratoires opposant de Gaulle et Churchill (Simon Russell Beale, absolument savoureux) dans le secret des coulisses de la Seconde Guerre mondiale, comme les scènes de combats militaires qui culminent avec la bataille de Bir Hakeim, spectaculaire et poignante.
L’idée que les pages marquantes de l’Histoire ne dépendent pas d’un seul homme mais d’un ensemble complexe de circonstances, de décisions et de conflits, plus ou moins favorables, se prolonge dans la seconde partie en prenant de l’ampleur. Tant militaire que politique.
Sans être une contre-histoire officielle, La Bataille de Gaulle : J’écris ton nom est au moins un contre-récit — le récit officiel de ces années de guerre ayant été gravé par les pragmatiques Américains, selon le réalisateur. Qui leur oppose une forme ancienne d’idéalisme forcené, de passion romantique de la politique. Le vrai sujet, au fond, est moins de Gaulle lui-même que le roman collectif de la France républicaine, dont il est le dépositaire le plus emblématique. La fierté sans limite du général, sa force de persuasion, son sens de l’honneur et du symbole vont de pair, ici, avec la folie, le courage suicidaire, un certain attrait de la mort. Cette seconde partie s’avère d’un lyrisme vibrant. Une superproduction qui rend honneur à une certaine mystique de la politique, en associant action et haute valeur morale, qui s’en plaindra ? (Frédéric Strauss et Jacques Morice, Télérama)



