La dernière patiente
Réalisation : Rémi Bassaler
Casting : Anouk Grinberg, Luàna Bajrami, Félix Lefebvre, Achille Reggiani
Scénario : Marion Defer, Rémi Bassaler
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 80 mn
Sortie nationale : 02/09/2026
Voici venu le temps de la retraite pour Judith. Retraite bien méritée, après plus de trente ans de bons et loyaux services, à jouer du stéthoscope et du carnet d’ordonnances dans un quartier populaire de la banlieue de Nancy. Son cabinet médical est situé tout en haut de cette tour HLM qui doit être évacuée et détruite dans les jours qui viennent. Place au neuf, enrobé des sempiternelles promesses de « mieux vivre » qui n’engagent que celles et ceux qui les écoutent – et n’enrichissent guère que les promoteurs et les géants du BTP (détruire, reconstruire, étendre les villes, pour entretenir la fameuse « bulle immobilière »). Judith – Anouk Grinberg, très convaincante – n’a plus beaucoup de temps pour mettre en cartons sa vie tout entière, professionnelle et personnelle. Le cœur est lourd, les gestes un peu fatigués à trier, classer, emballer, étiqueter ses souvenirs. Comme ce jeu de Docteur Maboul qui prend la poussière depuis un bout de temps – vous savez, ce jeu de société où il faut opérer un malade en plastique sans toucher les organes vitaux sous peine de faire retentir une sonnerie stridente à réveiller les morts. Le docteur, c’est donc Judith, qui a bien du mal à raccrocher, et ce qu’il y a de maboul, c’est le monde qui l’entoure. Les hôpitaux surchargés, les soignants en grève qui réclament des moyens, de la sécurité, du temps – bref, un peu tout ce qui permettrait à ces travailleurs sensément « essentiels », qui ne se satisfont pas de se faire payer en applaudissements, de faire leur boulot dans des conditions normales… Et puis soudain, au milieu des cartons, surgit Aïda : une jeune femme enceinte de huit mois qui sonne à son cabinet, inquiète d’avoir perdu du sang. Judith l’emmène illico à l’hôpital – pas de lit disponible, aucune place en échographie avant des heures, l’attente s’annonce interminable… Impossible pour le médecin d’abandonner Aïda pour retourner à ses cartons. D’autant que le petit copain de cette dernière, d’abord aux abonnés absents, commence à s’imposer de façon insistante – et même déplaisante, voire inquiétante.
La Dernière patiente se transforme alors en un huis clos oppressant où tout, surtout le pire, pourrait arriver. Les trois acteurs portent clairement le film sur leurs épaules, chacun tirant le fil d’une pelote entremêlée qui forme un récit tendu, ramassé et laisse assez peu de respiration. Pour le réalisateur Rémi Bassaler, venu du documentaire, « faire le portrait d’une médecin de 62 ans c’est une manière de combler un manque de représentation. Encore trop peu de fictions mettent en avant des personnages féminins de plus de 50 ans. » Le personnage de Judith est inspiré de sa mère, infirmière en milieu rural. « Je l’ai toujours vue se démener pour ses patients au mépris de sa propre santé. Quand l’âge de la retraite est arrivé, elle était à la fois épuisée physiquement et chamboulée psychologiquement ». Comment partir alors que la société n’a jamais autant manqué de soignants ? Et comment aborder la « suite » quand on a consacré sa vie aux autres ? Aïda est l’aiguillon qui incite Judith à ne pas s’enfermer sur son passé. Malgré leur différence d’âge et le gouffre social qui les sépare, il ne s’agit donc pas d’une relation de mentor à élève mais d’un échange, à égalité. Mettant en scène ce binôme assez inhabituel, La Dernière patiente suggère qu’un lien sororal puissant – la force des femmes mise en commun – est une arme de premier choix face au masculinisme qui gangrène la société.



