L’âge d’or
Réalisation : Bérenger Thouin
Casting : Souheila Yacoub, Vassili Schneider, Yile Yara Vianello, Pierre-Antoine Billon
Scénario : Bérenger Thouin, Mehdi Ben Attia
Type de film : Fiction
Pays : France
Année : 2026
Durée : 101 mn
Version : VOST + séances en VF
Sortie nationale : 11/11/2026
Avant la prouesse technologique, il y a – mieux qu’une reconstitution historique à grand spectacle – une grande fresque, ample et intimiste, puissante et émouvante, étourdissante, qui convoque pêle-mêle les mânes de la Scarlett O’Hara d’Autant en emporte le vent, de l’aventurière Adèle Blanc-Sec de Tardi, des héroïnes auto-fictionnalisées de Simone de Beauvoir, Duras ou Sagan, et même la toute jeune Annie (Ernaux), qui ne rêve que de quitter le bar-épicerie familial, telle qu’elle se raconte dans Les Armoires vides. Toutes ces femmes qui, si elles peuplent notre imaginaire littéraire, sont singulièrement absentes des films d’actualités ou d’archives de l’époque – cantonnées, à la ville comme à la campagne, à l’anonymat de la foule, au flou indécelable des arrière-plans. Comme une réparation, L’Âge d’or suit la destinée, patiemment forgée, contre vents, marées et déterminisme social, par le volontarisme têtu d’une femme dont l’histoire embrasse quasiment tout le siècle passé, ses guerres, ses révolutions, ses chambardements politiques, sociaux, industriels… Dans un grand geste proche du roman-feuilleton, le film colle aux semelles de vent de l’incroyable Jeanne Lavaur. Née femme, provinciale et roturière, l’intrépide héroïne balzacienne traverse la vie et les accidents de l’Histoire avec la hardiesse individualiste de la « fille de boucher [aux] rêves de bourgeoise », s’enfuit, s’élève, trébuche parfois, se compromet à l’occasion, se relève – parfois mue par la passion amoureuse et toute entière tendue, sans jamais qu’elle le dise ainsi, vers son idéal d’émancipation.
L’ambition romanesque et l’ampleur du (premier !) film de Bérenger Thouin sont assez folles – la voie qu’il emprunte pour donner vie et corps à son récit épique ne l’est pas moins. Plutôt que de recréer en studio, à grands frais et à grands renforts de bidouillages numériques, les sites emblématiques des événements qui ont émaillé la première moitié du 20e siècle, le réalisateur s’est plongé avec l’enthousiasme un peu fou d’un archéologue cinéphile dans des milliers et des milliers d’heures d’archives, de films d’époque, d’actualités, de bobines documentaires, pour y dénicher les « décors » tantôt spectaculaires (les guerres, les grandes inondations de Paris…), tantôt intimistes de la geste de sa Jeanne – les sélectionner, les assembler, pour écrire en images le canevas dans lequel déployer son scénario. Un travail de bénédictin, titanesque. Presque autant que l’étape de réalisation suivante : filmer les épisodes et différentes péripéties de la vie de Jeanne, avec le même grain, la même lumière de façon à les intégrer parfaitement aux archives. Si on a la curiosité d’y prêter attention, le résultat est tout bonnement sidérant et, à l’échelle d’un film, on croit bien n’avoir jamais vu ça. Les plus forcenés des cinéphages seront tentés d’imaginer la rencontre improbable de L’Anglaise et le duc de Rohmer, des Cadavres ne portent pas de costards de Carl Reiner et de Forrest Gump de Robert Zemeckis : ils seront encore loin du compte. Au-delà de la prouesse technique, ce qui saute aux yeux, c’est la véracité des images. Ce n’est pas une banale fiction historique qui nous est proposée – c’est littéralement un pan de notre passé, celui de nos parents et de nos grand-parents, qui revit, qui vient nous visiter. Et oui, suivre les rocambolesques aventures de Jeanne Lavaur à travers le monde et le siècle, dans ce flot d’images parfois banales, tellement familières, au détour desquelles on pourrait incidemment croiser le regard de nos aïeux, ça a quelque chose de proprement vertigineux.



